Pierre, bois, et beaucoup de patience : c’est avec une maison d’une pièce, bâtie de leurs propres mains sur un îlot écossais battu par les vents, qu’un jeune couple d’architectes vient de décrocher la plus prestigieuse distinction résidentielle du Royaume-Uni.
L’annonce a été faite hier soir, le 10 décembre, lors de l’épisode final d’une série spéciale de Grand Designs. Le verdict est sans appel : Caochan na Creige, une maison en bois et en pierre construite à la main dans les Hébrides extérieures, est désignée RIBA House of the Year 2025. Le jury a salué sa « connexion luxueuse au paysage environnant », ainsi qu’un espace intérieur compact mais généreux dans sa conception.
Derrière ce projet, deux noms : Eilidh Izat et Jack Arundell, cofondateurs du cabinet Izat Arundell. Ils n’ont pas seulement dessiné cette maison d’une chambre — ils l’ont construite eux-mêmes, pour eux-mêmes.
Un jury unanime

David Kohn, président du jury, n’a pas mâché ses mots pour qualifier ce choix collégial. Selon lui, la maison a su répondre à chaque enjeu — conditions climatiques exigeantes, rapport à l’architecture vernaculaire et budget serré — avec un mélange rare de sensibilité et d’audace. Il a ajouté que ces qualités en font un exemple à part, qui nourrira durablement les débats sur l’architecture domestique en milieu rural.
Caochan na Creige a été sélectionnée parmi sept maisons finalistes, chacune ayant fait l’objet d’un segment dans la série en quatre parties Grand Designs: House of the Year.
Les deux autres finalistes
Lors de l’épisode final, deux concurrents directs ont été révélés. D’abord Housestead, une maison de week-end « ludique et éclectique » surplombant une crique côtière près d’Aldeburgh, dans le Suffolk, conçue par les architectes Amir Sanei et Abigail Hopkins pour leur propre famille.
Ensuite Chelsea Brut, l’extension, la rénovation et la réhabilitation énergétique d’une maison de ville londonienne à quatre étages datant des années 1960, signée par le cabinet Pricegore Architects.
La sélection complète comptait également Hastings House, du cabinet Hugh Strange Architects — une extension construite à flanc de colline à Hastings, également présélectionnée cette année pour le RIBA Stirling Prize — ainsi que Triangle House, signée Artefact, une extension « espiègle » habillée de tuiles en terre cuite à Epsom, dans le Surrey, déjà récompensée d’un prix national RIBA en début d’année.
Complétaient cette liste Amento, une maison neuve en zone rurale dans le Suffolk par James Gorst Architects, et Jankes Barn, une grange à pans de bois restaurée dans l’Essex par Lynch Architects.
Fait notable : il s’agissait de la première diffusion télévisée du prix depuis que Channel 4 a rompu ses liens avec le RIBA en 2022.
Le retour très attendu d’une émission culte
S’exprimant en juillet à propos du retour de l’émission sur les écrans, l’ancien président du RIBA, Muyiwa Oki, s’était dit enthousiaste à l’idée de renouveler le partenariat avec Grand Designs pour présenter House of the Year, qualifiant l’expérience de privilège : voir ces maisons exceptionnelles, conçues par des membres du RIBA et rigoureusement jugées par des jurys spécialisés, revenir sur les écrans.
L’édition précédente avait couronné Six Columns, à Crystal Palace, conçue par le directeur de cabinet Will Burges comme sa propre maison familiale.
Caochan na Creige : la pierre, le bois, et l’âme des Hébrides
C’est sur ce projet que le jury s’est attardé avec le plus d’émotion. Selon la citation officielle, cette maison autoconstruite dans les Hébrides extérieures représente un projet exceptionnel porté par le jeune cabinet Izat Arundell. Conçue et bâtie à la main par les architectes-fondateurs eux-mêmes, elle constitue un exemple rare de conception profondément ancrée dans son site, pensée avec soin et exécutée avec un savoir-faire et une sobriété remarquables.
Une architecture qui dialogue avec le paysage
Le bâtiment se fond sans effort dans le paysage accidenté des Hébrides, avec une palette de matériaux qui rend hommage à l’ancienne roche gneissique de Lewis qui l’entoure. Le projet a connu une évolution marquante en cours de route : initialement envisagée comme une structure en béton, des contraintes budgétaires ont conduit à une refonte créative. La maison finale, à ossature bois, est habillée de pierre locale en pleine épaisseur, donnant à la demeure l’apparence d’une « blackhouse » moderne, nichée dans le terrain.
Un détail technique devient ici un geste esthétique : une poutre annulaire en béton apparent, lavée pour révéler le granulat de pierre, fait écho au concept original et ajoute un contraste contemporain à l’extérieur artisanal.
Un intérieur compact mais généreux

À l’intérieur, l’espace surprend par sa générosité malgré sa taille modeste. Le plan de 85 m² est façonné selon les contours naturels du terrain, avec une géométrie à 135 degrés qui guide l’agencement. La matérialité intérieure, sobre mais richement texturée, associe des murs en enduit à la chaux aux tons chauds, des sols en béton poli incrustés de granulats locaux, des plafonds en mélèze écossais et une menuiserie en hêtre finement travaillée. Une touche personnelle vient compléter cette mise en scène : des œuvres d’art collectionnées par le couple au fil des années sont positionnées à des emplacements soigneusement étudiés, intégrées à l’architecture elle-même.

Chaque pièce raconte sa propre histoire en lien avec le paysage environnant — qu’il s’agisse du vitrage généreux du salon ouvrant sur la vallée et la mer, de l’alignement saisonnier de la lumière dans la chambre, ou de la cuisine inclinée qui préserve l’intimité tout en favorisant le lien avec le voisinage.
Une construction qui a tissé du lien
Au-delà de l’objet architectural, c’est aussi le processus de construction lui-même qui retient l’attention. Le chantier a renforcé les liens communautaires, avec des tailleurs de pierre et artisans locaux ayant contribué à sa réalisation.

Réalisée avec un budget très modeste, cette maison discrètement poétique témoigne de ce qu’il est possible d’accomplir grâce à la patience, le savoir-faire et un profond respect du lieu. Le jury conclut en saluant une œuvre riche, personnelle et magnifiquement exécutée, qui démontre la force des voix architecturales émergentes.
Source : Richard Gaston / RIB