Aux États-Unis, des phares historiques sont mis aux enchères. Une opportunité rare pour des passionnés de patrimoine maritime.
Sheila Consaul, une cadre en communication basée à Washington D.C., cherchait une résidence secondaire quand elle est tombée sur une annonce pour le moins inhabituelle : un phare historique sur les rives du lac Érié, entouré d’eau de tous côtés.
En 2011, elle a remporté aux enchères publiques le phare de Fairport Harbor West pour environ 71 000 dollars. Une aubaine… mais le début d’une longue aventure.
« C’est d’un calme et d’une sérénité extraordinaires, avec une vue à 360° sur l’eau. La nuit, on voit les étoiles partout », confie-t-elle.
Un patrimoine en péril

Pendant des siècles, les phares ont guidé les marins le long des côtes américaines. Mais l’essor du GPS et des technologies modernes de navigation a rendu beaucoup d’entre eux obsolètes. Déclassés, négligés, certains tombent lentement en ruine.
En 2000, le Congrès américain a adopté le National Historic Lighthouse Preservation Act, une loi permettant de transférer la propriété de ces phares désaffectés à de nouveaux gardiens. Depuis, plus de 150 phares ont trouvé preneur.
La « saison des phares »

Chaque année en juin débute la « Lighthouse Season ». Cette année, le gouvernement américain annonce un nombre record de phares disponibles à la vente via des enchères en ligne.
Six phares seront proposés gratuitement à des collectivités locales, associations ou organisations à but non lucratif, à condition qu’elles s’engagent à les préserver. Si aucune structure ne se manifeste, ils seront alors mis aux enchères publiques.
Quatre phares seront directement mis aux enchères, dont le célèbre Cleveland Harbor West Pierhead, qui se transforme chaque hiver en véritable château de glace.
Une restauration sans fin
Le phare de Fairport Harbor West avait été désaffecté par les Garde-côtes américains dans les années 1940, avant de rester à l’abandon pendant plus de 70 ans.
Sheila Consaul a entrepris des travaux de rénovation dès son acquisition. La structure de 278 m², sur deux étages, n’avait ni toilettes, ni eau courante, ni électricité. Elle n’a pas non plus de quai propre : la propriétaire doit souvent acheminer ses courses à dos de sac sur l’étroit chemin d’accès.
Elle a néanmoins su préserver l’âme des lieux, conservant l’escalier en spirale en fer forgé d’origine et reconvertissant une imposante corne de brume en table de salon.
« Je n’ai plus vraiment le compte de ce que j’ai dépensé en rénovations », admet-elle avec le sourire.
Un phare pour tous
Loin de garder ce trésor pour elle seule, Sheila Consaul a choisi d’en faire un lieu ouvert à sa communauté, organisant des visites guidées et une journée portes ouvertes chaque année pour l’anniversaire du phare.
« Quand les Garde-côtes en étaient propriétaires, personne n’y avait accès. Moi, j’organise des visites depuis le début », dit-elle fièrement.
Pour ceux qui rêvent d’un bien hors du commun, les phares américains n’attendent plus que leur nouveau gardien.