L’Écosse rend obligatoires les « briques à martinets » dans tous les nouveaux bâtiments

Le Parlement écossais a voté en faveur d’une loi obligeant à installer des briques à martinets dans l’ensemble des nouvelles constructions du pays, une mesure destinée à protéger ces oiseaux cavernicoles menacés.

Une décision saluée par tous les partis

Le gouvernement écossais et les député·es de Holyrood, toutes tendances politiques confondues, ont soutenu un amendement porté par l’écologiste Mark Ruskell, rendant ces briques obligatoires dans tous les nouveaux logements dès lors que cela est raisonnablement possible et pertinent.

Ces briques sont de simples éléments creux, vendus autour de 35 livres sterling, intégrés directement dans la maçonnerie pour offrir un espace de nidification aux martinets ainsi qu’à d’autres oiseaux cavernicoles en difficulté, comme les moineaux, les étourneaux et les hirondelles de fenêtre.

Un contraste frappant avec l’Angleterre

Cette décision rapide tranche nettement avec la situation en Angleterre, où le débat sur l’obligation d’installer ces briques dure depuis quatre ans sans aboutir. L’an dernier, le gouvernement travailliste avait rejeté un amendement visant à rendre ces briques obligatoires pour les nouvelles constructions, préférant les inscrire dans de simples recommandations d’urbanisme, sans aucune contrainte légale pour les promoteurs ou les autorités locales.

La ministre écossaise Gillian Martin a salué cette avancée en rappelant que le martinet, autrefois très présent dans les villes écossaises, est aujourd’hui une espèce menacée, sa population ayant chuté de 60 % depuis 1995, ce qui lui vaut désormais de figurer sur la liste rouge des oiseaux préoccupants pour la conservation.

« Les martinets se font plus rares partout »

Mark Ruskell s’est réjoui de cette avancée, expliquant que les martinets reviennent chaque été dans les communautés écossaises mais se font de plus en plus rares partout ailleurs. Il espère voir, à l’avenir, chaque nouveau bâtiment écossais accueillir une famille de martinets, et souhaite que cette législation incite les autres parlements du Royaume-Uni à suivre le mouvement. Il a également reconnu qu’il avait été frustrant de voir Westminster mettre des années à se saisir d’un sujet pourtant simple, tout en saluant la rapidité avec laquelle le gouvernement écossais avait su trouver une solution à Holyrood.

Une campagne de quatre ans qui porte enfin ses fruits

Hannah Bourne-Taylor, qui milite depuis quatre ans à l’échelle nationale pour la généralisation de ces briques, a salué une victoire historique, estimant que l’Écosse vient de se montrer unie pour la cause des oiseaux. Avec moins de 40 000 couples de martinets recensés au Royaume-Uni et la disparition continue de leurs habitats naturels de nidification — conséquence des rénovations en série et des grands programmes d’isolation financés par l’État, menés sans aucune mesure de compensation — elle appelle l’Angleterre, le pays de Galles et l’Irlande du Nord à suivre sans tarder l’exemple écossais. Elle a par ailleurs interpellé directement le gouvernement travailliste, jugeant intenable de continuer à se contenter de simples recommandations sans portée réelle, alors que l’Écosse vient de démontrer qu’une loi contraignante pouvait être adoptée rapidement.

Des recommandations qui restent lettre morte en Angleterre

En Angleterre, les directives nationales d’urbanisme précisent certes que les nouveaux projets immobiliers devraient intégrer des briques à martinets, sauf raisons techniques impérieuses rendant leur installation impossible ou inefficace — mais rien n’oblige réellement promoteurs ou autorités locales à s’y conformer. Une étude de l’université de Sheffield a d’ailleurs révélé que 75 % des nichoirs à oiseaux ou à chauves-souris exigés comme condition d’un permis de construire n’avaient finalement jamais été installés une fois les logements achevés.

Lord Goldsmith, qui défend depuis plusieurs années des amendements similaires à la Chambre des lords, a souligné qu’il n’aura fallu qu’un mois à l’Écosse pour trancher en faveur de l’obligation, preuve selon lui qu’il serait tout aussi simple pour l’Angleterre de franchir enfin le pas, après quatre années de tergiversations, et de transformer ses recommandations non contraignantes en véritable obligation pour toutes les constructions neuves.

Une mise en œuvre progressive

Ces briques seront introduites en Écosse à l’issue d’une consultation de douze mois, destinée à définir une norme de construction adaptée. Elles bénéficieront non seulement aux martinets, mais aussi à d’autres espèces d’oiseaux cavernicoles menacées.

De son côté, le gouvernement gallois avait rejeté l’an dernier l’idée de rendre ces briques obligatoires, craignant que les promoteurs ne s’en servent pour prétendre respecter leurs obligations de « bénéfice net pour la biodiversité » sans mettre en place d’autres mesures réellement favorables à la nature.

Les défenseurs de la faune sauvage insistent pourtant sur le fait qu’il s’agit d’une mesure certes modeste, mais essentielle, pour des espèces qui ont perdu l’accès à des millions de toitures en raison des rénovations et des techniques d’isolation modernes.

L’exemple de Gibraltar

À Gibraltar, point stratégique sur la route migratoire des martinets entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne, l’installation de ces briques a déjà permis à la population locale de se redresser. Le ministre de l’Environnement du territoire, le professeur John Cortes, a salué la décision écossaise comme une étape importante pour la survie de cette espèce, rappelant qu’à Gibraltar, une politique similaire est en place depuis plusieurs décennies et a permis de stabiliser, puis d’augmenter, une population de martinets autrefois en déclin.

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