Le Havre (Seine-Maritime). — Au-dessous du Perrey, quartier bas du Havre moderne, se cacherait depuis des siècles un vestige oublié : une galerie souterraine en forme de “V”, découverte en 1931 lors de travaux, dont les ramifications rejoindraient deux anciens bâtiments clés de la cité disparue — la Tour François-Ier et le Logis du Roy. Malgré les destructions et reconstructions, le mystère continue d’alimenter l’imaginaire des Havrais passionnés de patrimoine.
Origines et découverte
En 1931, lors de travaux de fondation à l’angle de la rue Émile-Renouf et de la chaussée des États-Unis — secteurs aujourd’hui dans le quartier du Perrey —, un ouvrier mit au jour un escalier en parfait état. Ce chantier creusait pour agrandir une entreprise, mais ce qu’il trouva dépassait de loin ce qui était attendu. C’est Maurice Gremont, membre de l’association des Amis du Vieux Havre (aujourd’hui Centre Havrais de Recherche Historique), qui relata cet événement : l’escalier menait à une galerie haute d’environ deux mètres, dont l’un des bras semble viser la direction de l’ancienne Tour François-Ier, l’autre l’ancien Logis du Roy.
Tour François-Ier et Logis du Roy : les points de repère disparus
Quelques éléments historiques jettent de la lumière sur les possible origines et la fonction de cette galerie :
- Tour François-Ier
Édifiée entre 1518 et 1520 sur l’ordre de François Ier, cette tour servait de vigie, de poudrière, et de poste de défense à l’entrée du port. Elle faisait partie des premières fortifications havraises. Sa construction fut robuste, avec des fondations solides. Elle fut démolie à partir de 1861 dans le cadre de l’agrandissement de l’avant-port. (lehavre.fr) - Le Logis du Roy
Construit vers 1520 par Guyon Le Roy (dit “du Chillou”), ce bâtiment fut d’abord sa demeure privée, avant d’être acquis par la ville pour devenir le premier Hôtel de Ville. Il était situé non loin du port, dans ce qui deviendra le centre ancien, en bordure du Perrey. Il avait également des citernes souterraines remarquables, notamment sous la cour d’honneur, destinées à assurer une réserve d’eau si les voies d’approvisionnement étaient compromises. (social.shorthand.com)

Que pouvait être cette galerie ?
Les témoignages de 1931 décrivent une structure souterraine en V, dont l’un des bras semble relier la zone de l’ancien Hôtel de Ville (Logis du Roy), l’autre la Tour François-Ier, la base étant sous le deuxième Hôtel de Ville détruit en 1865. Si cela se confirme, il pourrait s’agir d’un passage stratégique — peut-être militaire ou gouvernemental — permettant de circuler entre points sensibles de la ville sans sortir en surface, à l’abri des regards ou des attaques.
La présence d’escalier en bon état et d’un conduit dirigeant vers l’avant-port évoque aussi une fonction utilitaire ou défensive. On peut imaginer que cette galerie servait à relier des fortifications, des structures de commandement ou des lieux d’approvisionnement en eau ou en munitions. Une telle infrastructure s’intègre bien dans le dispositif fortifié du Havre, tel qu’il existait à l’époque de François-Ier. (lagalerne.com)
Disparitions, destructions et incertitudes
Le Havre ancien a été en grande partie détruit par les bombardements de 1944. Beaucoup d’édifices historiques ont disparu ou été profondément altérés. Ainsi, la Tour François-Ier n’existe plus depuis le milieu du XIXᵉ siècle, rasée pour faciliter le réaménagement portuaire. (lehavre.fr)
Le Logis du Roy aussi a disparu, remplacé après plusieurs transformations. (social.shorthand.com)
Concernant la galerie, on ignore son état aujourd’hui : enfouie, détruite ou simplement inacessible. Quelques documents mentionnent dans le secteur une citerne enterrée, ce qui suggère la possible survie partielle de structures souterraines anciennes. (social.shorthand.com)
L’importance du patrimoine et les enjeux de conservation
Cette galerie n’est pas qu’une curiosité locale : elle symbolise ce qui reste du Havre médiéval et de la Renaissance, structurée autour d’un port royal et de bâtiments civils ou militaires aujourd’hui disparus. Sa découverte rappelle la densité historique du sous-sol de nombreuses villes françaises, dont beaucoup ignorent encore les strates enfouies.
Pour le Havre, c’est aussi un rappel du coût du patrimoine : exploration, fouilles archéologiques, sécurisation, financement, mais aussi dialogue avec les citoyens. Si cette galerie est encore partiellement visible, elle pourrait devenir un atout patrimonial : musée souterrain, circuit historique, sensibilisation à l’histoire urbaine.
Le mystère reste entier
Aujourd’hui, aucun plan officiel ou fouille archéologique ne confirme avec certitude l’existence ou l’état intégral de cette galerie. Les ruines de la Tour François-Ier, du Logis du Roy ont disparu. Le Havre moderne, rebâti après 1944 sous la direction d’Auguste Perret, repose sur les traces d’une ville antérieure, parfois invisible, parfois oubliée.
Mais pour Max Brunel, et d’autres passionnés d’histoire locale, cela ne suffit pas pour abandonner l’idée : « Le PLU indique qu’il reste une citerne enterrée. On peut donc supposer que cette galerie existe encore, ou du moins en partie. » Le défi reste de taille : comment explorer, documenter et préserver ce que le temps et les bombes n’ont pas effacé.