À des centaines de kilomètres au large de la côte ouest du Panama, Dan Turner navigue seul sur l’océan. À bord de l’Immortal Game, un voilier qu’il a construit de ses propres mains dans l’allée de sa maison pendant le confinement lié au COVID, il règle ses voiles, vérifie l’horizon, puis s’accorde des périodes de sommeil de 40 minutes avant de recommencer, jusqu’au lever du jour.
Âgé de 41 ans, ce marin originaire de Port Lincoln, en Australie-Méridionale, est en train de réaliser un rêve d’enfance : faire le tour du monde à la voile. Il fait partie des 15 concurrents engagés dans la Mini Globe Race, une course autour du monde en solitaire, sur des yachts de 5,8 mètres, avec un départ et une arrivée à Antigua, dans les Caraïbes.
Les skippers ont quitté Antigua le 23 février. La course durera environ un an, sur cinq grandes étapes, pour un total de près de 50 000 kilomètres. Après une escale au Panama, l’Immortal Game a même pris la tête du début de la deuxième étape, en direction des Fidji.

« En ce moment, j’essaie de rejoindre l’équateur pour attraper les alizés du sud », explique Dan Turner. « Être en tête de cette deuxième étape, c’est vraiment sympa, mais le plus dur reste à venir. »
Issu d’une famille de marins sur trois générations, Dan Turner a grandi au contact de la mer. « J’ai toujours eu cette image de moi en train de naviguer autour du monde », confie-t-il. « C’était sur ma liste de rêves depuis longtemps. Aujourd’hui, je le fais enfin. »

Un projet de couple, malgré les sacrifices
Restée à Adélaïde avec leurs trois enfants, Nikki Turner suit la progression de son mari grâce au traceur en direct de la course. Si l’annonce du projet l’a rendue à la fois nerveuse et enthousiaste, l’idée ne lui était pas totalement étrangère.

« Nous avons fait une liste de rêves il y a environ 15 ans, et je savais que celui-ci était important pour lui », explique-t-elle. « Il y a eu des sacrifices, bien sûr, mais c’est un projet que nous préparons depuis presque cinq ans. »
Faute de garage ou d’atelier, Dan Turner a construit son bateau directement dans son allée, après le travail et tôt le matin. « Je lui apportais parfois son dîner dehors pour qu’il puisse continuer », raconte Nikki Turner.

Sans réelle expérience manuelle — à part un tabouret fabriqué en cours de technologie au collège — Dan Turner s’est lancé malgré les doutes. « Tout le monde me disait : “Tu n’es pas bricoleur, comment tu vas construire un bateau ?” Mais j’avais la motivation, et je voulais aller jusqu’au bout. »
Entre dangers et solitude
La navigation en solitaire autour du monde n’a rien d’une aventure romantique permanente. Entre les formalités d’immigration, les retards logistiques, les tempêtes, la casse du matériel et même une rencontre avec des orques lors de la première étape, les défis ont été nombreux.

Malgré le mal du pays et les conditions parfois extrêmes, Dan Turner dit apprécier la solitude en mer. « J’aime ce temps pour réfléchir. J’ai beaucoup appris sur moi-même et sur ce que je veux faire après la course. »
À son retour, prévu à Antigua en février 2026, il espère transmettre son expérience. Il a déjà écrit un livre, envisage d’en écrire un autre et souhaite aider de jeunes navigateurs à croire en leurs projets.
Son conseil est simple : « Si l’aventure compte plus pour vous qu’une maison ou une belle voiture, alors acceptez les sacrifices. Vous ne le regretterez pas. »