Un chantier à 3,5 millions d’euros, un emprunt qui divise, et des échanges musclés au conseil municipal : la rénovation de la restauration scolaire de l’école Paul-Doumer agite la petite ville normande.
C’est un vote qui n’a pas fait l’unanimité. Réuni fin mai 2026, le conseil municipal de Gaillon, dans l’Eure, a approuvé — non sans friction — un emprunt de 500 000 euros destiné à financer une partie des travaux de rénovation de la cantine de l’école Paul-Doumer. La délibération a été adoptée malgré l’opposition des sept élus du groupe Gaillon mérite mieux, conduit par Édouard Varin.
Un projet d’ampleur pour une école qui attend
Le chantier en question est loin d’être une simple remise à neuf de quelques tables et chaises. Il s’agit d’une restructuration complète du restaurant scolaire et de sa salle annexe, avec au programme une nouvelle cuisine de régénération, un restaurant scolaire rénové et la construction d’une salle polyvalente — accessible aussi bien aux écoliers que pour des activités extrascolaires ouvertes au quartier.
Le coût total de l’opération est estimé à 3,5 millions d’euros TTC, un investissement conséquent pour une commune de la taille de Gaillon. Le chantier devait débuter dans les tout prochains jours.
Un emprunt à taux préférentiel auprès de la Banque des territoires
Pour boucler ce financement, Guy-Richard Mouaka, premier adjoint de la maire Odile Hantz, a proposé de contracter un prêt de 500 000 euros auprès de la Banque des territoires — l’entité du groupe Caisse des Dépôts dédiée au financement des collectivités locales et de leurs projets d’intérêt général.
Les conditions de ce prêt ont été jugées favorables par la majorité. Son taux d’intérêt est indexé sur le livret A, dont le niveau en vigueur au 26 mai dernier s’établissait à 1,5 %, auquel s’ajoute une marge de 0,6 %, soit un taux global de 2,1 %. La durée d’amortissement est fixée à 15 ans.
Dans un premier temps, les élus ont également voté à l’unanimité une délibération accordant à la maire, Odile Hantz, la délégation nécessaire pour signer tout contrat de prêt jusqu’à 500 000 euros au nom de la commune. Guy-Richard Mouaka a tenu à préciser que le conseil municipal serait systématiquement informé de tout emprunt contracté lors de la séance suivante. « Il s’agit d’une mesure de bonne administration », a-t-il justifié.
L’opposition monte au créneau
Si la procédure a semblé technique en surface, le fond du débat a rapidement pris une tournure plus politique. Édouard Varin, chef de file de l’opposition, n’a pas tardé à prendre la parole pour exprimer ses réserves.
« Même à taux faible, la dette, ce n’est pas sain », a-t-il lancé, estimant que la commune risque de « perdre sa capacité d’endettement » en s’engageant ainsi, alors que des économies sur le fonctionnement auraient pu, selon lui, dégager les marges nécessaires — notamment pour rénover le centre-ville. Sa conclusion, tranchante : « Il est urgent de faire des économies. »
La réplique n’a pas tardé. Thierry Patel, adjoint en charge de l’organisation, a répondu avec une pointe d’ironie : « Il est donc urgent de ne rien faire… » Ce à quoi Varin a rétorqué : « C’est ce que vous faites depuis 18 ans maintenant. »
Guy-Richard Mouaka a préféré ne pas s’engager dans un débat d’orientations budgétaires plus large. Il a simplement rappelé que la municipalité « ne fait pas n’importe quoi » et que cet investissement a pour but de « doter cette école d’installations dignes de ce nom ».
Un vote acquis malgré les dissensions
La délibération a finalement été adoptée, les sept voix de l’opposition ne suffisant pas à faire basculer le vote. Les travaux devraient donc démarrer prochainement, pour offrir aux élèves de l’école Paul-Doumer un espace de restauration rénové — et une salle polyvalente qui, à terme, bénéficiera à l’ensemble du quartier.
Reste à savoir si les 500 000 euros empruntés suffiront à couvrir la part non financée par d’autres sources — subventions de l’État, dotations régionales ou départementales — et à quel rythme la commune sera en mesure de rembourser cette dette sur les quinze années à venir, dans un contexte de finances locales sous tension pour de nombreuses collectivités françaises.