Fortes chaleurs : l’erreur de construction qui rend les nouveaux logements invivables l’été

La France traverse une nouvelle vague de canicule, et des millions de foyers suffoquent chez eux. En cause : une erreur de conception vieille de plusieurs décennies, qui prive aujourd’hui quatre logements sur dix de la protection la plus simple et la plus efficace contre la chaleur — les volets.

Rideaux, draps et couvertures de survie en dépannage

Mauvaise isolation, appartement sous les toits, absence de volets : autant de facteurs qui peuvent faire grimper la température intérieure de plusieurs degrés au-dessus de celle constatée dehors. Faute de mieux, de nombreux habitants improvisent : blanc de Meudon étalé sur les vitres, draps, papier aluminium, voire couvertures de survie accrochées aux fenêtres. Mais rien ne remplace vraiment un bon volet, capable de faire baisser la température intérieure de plusieurs degrés en bloquant le rayonnement solaire avant même qu’il n’atteigne la vitre.

Une erreur qui remonte à l’après-guerre

Pourtant, quatre logements sur dix n’en sont toujours pas équipés en France aujourd’hui. Cette lacune s’explique par un choix architectural datant du milieu du XXe siècle. Un urbaniste du bureau d’études Freio, Clément Gaillard, situe l’origine du problème au lendemain de la Seconde Guerre mondiale : la priorité de l’époque était de reconstruire vite, quitte à standardiser des bâtiments dépourvus de volets. La pensée dominante, alors marquée par une approche hygiéniste, considérait le soleil pénétrant largement dans les logements comme un bienfait pour la santé — sans anticiper les problèmes de surchauffe qui allaient se révéler des décennies plus tard.

Ce choix continue de peser aujourd’hui sur une bonne partie du parc immobilier français, en particulier dans les grands ensembles bâtis durant les décennies de reconstruction et d’urbanisation rapide.

Des freins toujours d’actualité

Le problème ne se limite pas à l’héritage architectural : selon Séverine Huet, experte en thermique des bâtiments, l’installation de volets se heurte encore aujourd’hui à plusieurs obstacles bien concrets. Les avis des architectes des Bâtiments de France, dans les secteurs à forte valeur patrimoniale, ne sont pas toujours favorables à ce type d’équipement en façade. À cela s’ajoutent parfois des blocages en copropriété, certains propriétaires refusant de financer collectivement ce type de travaux.

Un chiffre illustre l’ampleur du problème à l’échelle nationale : selon la Fondation pour le Logement des Défavorisés (ex-Fondation Abbé Pierre), un logement sur trois en France peut aujourd’hui être considéré comme une véritable « bouilloire thermique », c’est-à-dire un logement où la chaleur s’accumule au point de devenir difficilement supportable. Un phénomène qui touche en priorité les locataires, les habitants de petits logements, des quartiers populaires ou des étages élevés sous toiture — souvent les mêmes ménages déjà les plus exposés aux autres formes de précarité énergétique.

Les conséquences sanitaires sont loin d’être anecdotiques : la canicule de l’été 2024 aurait fait environ 3 700 morts en France, et celle de 2025 aurait causé près de 5 700 décès, davantage que le nombre de morts sur les routes françaises la même année. En moins de dix ans, la chaleur aurait ainsi causé environ 40 000 décès dans le pays.

Une pétition qui prend de l’ampleur

Face à ce constat, une pétition intitulée « Pas de volets, pas de loyer ! » a été lancée début juillet 2026 sur la plateforme Change.org, portée par un collectif associatif comprenant notamment la Fondation pour le Logement des Défavorisés, ainsi que les associations Droit au Logement et Locataires ensemble. En quelques jours seulement, le texte a rapidement dépassé les 30 000 signatures, avant de continuer à progresser, pour approcher les 50 000 signatures à la mi-juillet.

Le texte réclame notamment la reconnaissance d’un droit à suspendre le paiement du loyer pour les locataires dont le logement serait rendu invivable par l’absence d’équipements de protection contre la chaleur — volets, stores ou brasseurs d’air. Le porte-parole de l’association Droit au Logement, Jean-Baptiste Eyraud, a toutefois appelé les locataires à la prudence : une grève des loyers prolongée expose en effet à un risque réel de procédure d’expulsion, y compris pour les ménages qui n’auraient suspendu leur paiement que temporairement.

Le long parcours de la loi « Zéro Logement Bouilloire »

Au-delà de la mobilisation citoyenne, la pétition demande surtout l’intégration, dans la législation, des mesures portées par une proposition de loi transpartisane baptisée « Zéro Logement Bouilloire ». Déposée à l’Assemblée nationale dès juillet 2025 par une cinquantaine de député·es issus de huit groupes politiques différents, cette proposition ambitionne d’inscrire la surchauffe des logements dans la définition légale de la précarité énergétique, au même titre que le froid.

Concrètement, le texte prévoit d’interdire à terme la location de logements dont la température intérieure dépasserait certains seuils critiques pendant plusieurs jours consécutifs, d’imposer l’affichage d’une note de « confort d’été » sur les annonces immobilières, de faciliter le vote en assemblée générale de copropriété pour l’installation de protections solaires, et de simplifier les règles patrimoniales encadrant les avis des architectes des Bâtiments de France.

Après avoir longtemps été bloqué en commission, le texte a connu une avancée partielle début juillet 2026, lors de l’examen au Sénat d’un projet de loi gouvernemental sur le logement : les sénateurs ont notamment voté la transformation de l’avis conforme des architectes des Bâtiments de France en simple avis consultatif pour l’installation de protections solaires, ainsi que la possibilité de déroger aux règles d’urbanisme dans certaines zones protégées. En revanche, aucune obligation ferme n’a été introduite pour contraindre les propriétaires bailleurs à équiper leurs logements de volets ou de brasseurs d’air — un point que plusieurs associations continuent de dénoncer comme un renoncement majeur du texte actuel.

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