L’essentiel
À Augsbourg, en Allemagne, la Fuggerei est considérée comme le plus ancien ensemble de logements sociaux au monde encore en activité. Fondée en 1521, elle permet à ses résidents de se loger pour un loyer symbolique d’un euro par an. Un modèle unique, fondé sur la charité chrétienne, qui traverse les siècles sans céder aux pressions du marché immobilier.
Dans un contexte européen marqué par la flambée des loyers, l’histoire de la Fuggerei fait figure d’exception. Ce quartier fermé, situé au cœur d’Augsbourg en Bavière, a été créé au XVIᵉ siècle par Jakob Fugger, l’un des hommes les plus riches de son temps. Banquier de l’empereur Charles Quint, Fugger décide alors de consacrer une partie de sa fortune à un projet social inédit : offrir un logement décent et durable aux habitants pauvres de sa ville.
Cinq cents ans plus tard, la fondation qui gère la Fuggerei respecte toujours la volonté de son fondateur. Le loyer annuel, à l’origine fixé à un florin rhénan, n’a jamais été augmenté. Il correspond aujourd’hui à 1,02 euro, uniquement ajusté pour des raisons de conversion monétaire.

Des logements spacieux, à l’abri du marché immobilier
La Fuggerei compte aujourd’hui 142 logements répartis dans de petites maisons aux façades uniformes, organisées autour de rues, de placettes et de jardins. Environ 150 personnes y vivent. Chaque appartement mesure en moyenne 60 m² et comprend trois pièces, une cuisine et une entrée indépendante, un confort notable même selon les standards actuels.
Ce loyer symbolique protège les résidents des fluctuations du marché immobilier, souligne Le Figaro. En revanche, l’accès à ce privilège reste strictement encadré. Pour être éligible, il faut être catholique, dans une situation financière modeste, et avoir résidé à Augsbourg pendant au moins deux ans.
Foi, discipline et sens du collectif
Habiter à la Fuggerei ne se limite pas à payer un loyer dérisoire. Les résidents doivent accepter un cadre de vie précis, fondé sur des valeurs religieuses et communautaires. Chaque locataire s’engage à réciter trois prières quotidiennes pour la prospérité de la famille Fugger, perpétuant ainsi le lien spirituel voulu par le fondateur.
Ils doivent également contribuer à la vie collective en rendant de petits services au bénéfice de la communauté. Cela peut inclure l’entretien des espaces verts, la surveillance du site ou des tâches ponctuelles d’entraide. La Fuggerei fonctionne ainsi comme une micro-société solidaire, où chacun joue un rôle.
La discipline fait aussi partie des règles. Le quartier est fermé par des portes qui se verrouillent tous les soirs à 22 heures. En cas de retour tardif, les résidents doivent payer une pénalité au veilleur de nuit : 0,50 euro après 22 heures, et 1 euro après minuit. Un montant symbolique, mais qui dépasse paradoxalement le loyer annuel.
Un lieu de vie… et un site touristique
Pour assurer son financement et son entretien, la Fuggerei s’est progressivement ouverte au public. Le site est aujourd’hui l’une des attractions touristiques majeures d’Augsbourg. Les visiteurs peuvent accéder au quartier, découvrir son musée et visiter un appartement témoin en échange d’un droit d’entrée de 8 euros.
Cette activité touristique permet de préserver le site, tout en maintenant le modèle social imaginé il y a cinq siècles. La fondation couvre également les charges modernes, comme l’entretien des bâtiments, l’eau et la sécurité. Les résidents, eux, paient l’électricité et le chauffage, mais restent largement privilégiés par rapport au reste du marché locatif.

Un modèle hors du temps
À l’heure où les politiques de logement peinent à contenir la crise immobilière, la Fuggerei apparaît comme une curiosité historique, mais aussi comme un rappel : un autre rapport au logement est possible, lorsqu’il est pensé comme un bien social plutôt que comme une marchandise. Un modèle ancien, profondément ancré dans son époque, mais dont la longévité continue de fasciner.