Ce couple vit dans une maison qui produit de la nourriture toute l’année

Maïlys Dorn, architecte d’intérieur et auteure du blog optimisemonespace.com, est partie avec sa famille pour un tour du monde de 333 jours à la rencontre d’acteurs et de penseurs de l’habitat, afin de se poser la question : « Quelle sera la maison de demain ? »

Vous imaginez-vous vivre dans une maison qui produit de la nourriture pour vous toute l’année, tout en vous protégeant des intempéries extérieures ? C’est au Québec, à 2 heures de Montréal, que j’ai rencontré la spécialiste des serres accolées à la maison.

Maïlys Dorn

Le principe de ces serres est inspiré des  » earthships  » créés par Mike Reynolds, un architecte américain : des maisons autonomes, construites en plein désert dans l’état du Nouveau Mexique (USA), capables de produire de l’eau potable, de l’énergie, et même de la nourriture.

Luc Muyldermans a réussi à transposer cette idée au Québec, dans une région où les hivers sont longs et difficiles, et surtout, dans une maison en rénovation. Comme pour prouver que tout est possible, partout, et quelle que soit notre maison.

Le paradis du « tout est possible »


Il est ingénieur de formation, et cela s’entend dans son discours, lorsqu’il m’explique tout le génie de sa « serre d’abondance ».

Mais avant de découvrir sa serre, Luc veut me faire découvrir son havre de paix. Autour de sa maison, nous prenons le temps de nous promener avec sa chèvre, de dire bonjour à son âne, à ses poules, d’admirer le petit lac privé qu’il a creusé lui-même, et même, la petite forêt qu’il a plantée, maintenant habitée par des castors.

Rien de tout cela n’existait lorsqu’ils ont acheté la maison. J’ai vite compris que le mot « impossible » ne faisait pas partie du vocabulaire de Luc.

Lorsque lui et sa femme Lily sont arrivés de Belgique en 1981, ils ont envisagé à long terme la rénovation de cette maison du début du siècle. Mais le point fort de la rénovation est sans aucun doute la serre attenante à la maison.

Fruits et légumes dans la maison, toute l’année.

Orientée au sud, toute en verre, sa serre a été conçue dans la continuité de la pente du toit, comme une extension superbement intégrée.

En entrant, on est surpris par la variété des légumes, ainsi que par l’abondance des guirlandes de raisins au-dessus de nos têtes.

Maïlys Dorn

« La vigne placée ici a une double fonction : elle profite d’abord de tout l’ensoleillement, pour nous offrir des raisins très sucrés, et offre une ombre légère qui empêche la serre d’atteindre des températures insupportables en été. Mais en hiver, la vigne nue laisse entrer toute l’énergie du soleil dans la serre. »

En octobre, tomates, aubergines, poivrons, basilic, romarin et figuiers faisaient encore partie du décor, prolongeant l’été de quelques longues semaines. « Nous allons bientôt arracher les plants de tomates, mettre du compost et planter les légumes d’hiver », m’explique Luc, heureux de pouvoir passer de sa serre à sa cuisine, sans transition.

Une grande isolation thermique de la façade


En réalité, cette serre n’a pas qu’une fonction nourricière. Ainsi accolée à la façade, elle est un superbe « espace tampon » qui permet une excellente isolation des murs extérieurs de la maison. Contre le froid en hiver, mais aussi contre la chaleur en été.

Pour la construire et maintenir son efficacité même lors des hivers les plus rigoureux, Luc a mis en place différentes stratégies, qu’il partage avec nous, et qu’il met également à disposition du grand public dans une formation en ligne déjà téléchargée par des milliers d’adeptes.

Maïlys Dorn

Des bouteilles d’eau et quelques tuyaux noirs pour éviter que la serre ne gèle.
« L’eau est le meilleur matériau disponible sur terre pour accumuler de l’énergie et la redégrader ! », m’explique Luc avec enthousiasme lorsque je lui demande à quoi servent la centaine de bouteilles d’eau stockées dans sa serre.

« Dès qu’un rayon de soleil traverse la serre, même s’il fait 20°C dehors, la serre se réchauffe, et l’eau contenue dans les bouteilles, récupère et retient cette chaleur. Une fois le soleil disparu, la nuit, l’eau restitue sa chaleur et maintient la serre à une température supérieure à zéro. »

Maïlys Dorn

En hiver, Luc pose simplement sa collection de bouteilles d’eau entre les rangées de semis. Les bouteilles agissent comme de véritables « bouillottes » qui maintiennent le sol à une température supportable pour les plantes et les graines !

Suivant le même principe, Luc a placé son réservoir d’eau de pluie sous la serre, à 40 cm sous terre. Grâce à de simples tuyaux en plastique noir, placés au soleil pour absorber la chaleur, et une petite pompe très silencieuse et consommant très peu d’énergie, Luc peut faire circuler cette eau dans ces tuyaux noirs, qui serviront ainsi de capteurs solaires le jour, et de « radiateurs » la nuit, pour chauffer doucement la serre.

Maïlys Dorn

Des cailles pour lutter contre l’invasion des cloportes


Pour lutter contre les petites mouches blanches, Luc asperge simplement ses tomates d’eau mélangée à du savon de Marseille.

Mais pour lutter contre une invasion de cloportes, Luc est particulièrement fier de sa découverte : il a installé des cailles dans sa serre ! « Contrairement aux poules, elles mangent les cloportes sans détruire mon potager, elles m’offrent aussi des œufs et un chant très agréable ! ».

Une conception orientée vers l’énergie solaire


La conception de la serre de Luc a été particulièrement étudiée pour être légère, tout en étant capable de supporter des charges lourdes (neige).

Le mur de devant est clair, pour réfléchir la lumière du soleil dans la serre, et le chemin qui permet de circuler dans la serre est fait de matériaux lourds et sombres (ardoise, tuiles), pour accumuler l’énergie solaire.

Maïlys Dorn

Un jardin dans la maison

Si, au cœur de l’été, la chaleur peut encore être difficile à supporter à l’intérieur de la serre, celle-ci offre, en plus d’un potager à l’année et d’une grande isolation, un superbe « jardin d’hiver » où il fait bon se détendre de l’automne au printemps.

Lorsque je demande à Luc comment cette idée pourrait être transposée à n’importe quelle maison ou bâtiment, nous commençons à imaginer des bâtiments avec des balcons comme des serres, puis il me dit : « Le mieux, en fait, c’est d’utiliser le toit. Parce qu’une serre, c’est un toit ! » Cela aurait l’avantage d’être une excellente isolation thermique, de produire de la nourriture et d’être un grand espace vert.

La maison de demain, avec un toit en verre et un potager en dessous ? J’adore cette idée, que je note immédiatement dans mon carnet « ma maison de demain ».


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